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Monde

Après l'aluminium et l'acier

Trump veut taxer l’automobile. Vers une guerre commerciale avec l’Europe et le Japon ?

C'est une nouvelle qui a ébranlé les marchés ce mercredi 23 mai et est une nouvelle source de tensions géopolitiques, notamment entre les Etats-Unis d'un côté, le Japon et l'Europe de l'autre. En effet, Donald Trump a de nouveau brandi l'étendard de la « sécurité nationale » et ouvert la porte à une taxation des véhicules importés. Ces taxes pourraient s’élever jusqu'à 25%.

Alors que, ce lundi, Donald Trump avait annoncé une diminution des droits de douane ciblant les produits d’importation chinois, soulignant les contradictions qui s’expriment au sein de la bourgeoisie nord-américaine, le président des Etats-Unis a pris le contrepied ce mercredi. Ainsi, après l’aluminium et l’acier, Trump brandit la menace d’une hausse de la taxation sur le marché automobile. Une attaque qui, ce coup-ci, vise ouvertement le Japon et l’Europe.

« J’ai demandé au secrétaire [au Commerce Wilbur] Ross d’envisager d’initier une enquête sous la Section 232 sur les importations de véhicules, y compris les camions et les pièces détachées, pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale américaine » a ainsi déclaré Donald Trump dans un communiqué de la Maison Blanche. Selon le Wall Street Journal, ces nouvelles taxes pourraient atteindre jusqu’à 25%. L’effet a été immédiat à la bourse de Tokyo. A la mi-journée ce jeudi, Nissan et Honda voyaient leurs actions sur le marché perdre entre 1,75% et 2,75%. Ainsi, Trump reprend sa rhétorique protectionniste et quasi-guerrière, en invoquant la « sécurité nationale » américaine, pour justifier une offensive commerciale contre, cette fois-ci, les puissances historiques du capitalisme, et de l’impérialisme, à échelle mondiale.

Car cette annonce vise également les puissances européennes. En effet, le timing paraît parfait, étant donné que l’Union Européenne est jusqu’au 1er juin exemptée des taxes sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%). Du côté des franges de la bourgeoisie française, on espère un effet collatéral, « involontaire », en faveur de Macron dans son combat contre l’Allemagne pour conquérir le leadership sur le vieux continent. Il s’agit, par exemple, de la thèse d’Eric Le Boucher dans son édito du 24 mai dans le très libéral journal Les Echos. A l’heure où les relations diplomatiques entre l’Allemagne et les Etats-Unis sont quasiment gelées et que 66% des véhicules BMW vendus aux Etats-Unis sont importés, cette thèse est plausible. Toutefois, deux éléments sont à souligner. D’une part, il est évident que le scénario d’une taxation forte aurait un impact, également, sur les grandes entreprises automobiles françaises. D’autre part, il s’agit d’une nouvelle déconvenue pour Macron lui-même, après le retrait des Etats-Unis de l’accord Iranien, qui souligne d’autant plus fortement l’insignifiance du rôle de la France sur le plan géopolitique.

Alors que le revirement de Trump sur la taxation des produits chinois pouvait laisser croire à un revirement néo-libéral du gouvernement nord-américain, qui ne pourrait être aussi qu’une forme de pause avant le second round, l’annonce de taxations possibles sur le marché automobile rebat à nouveau les cartes. Cette annonce témoigne des contradictions fortes qui secouent la bourgeoisie américaine, entre ses franges ouvertement néo-libérales et globalisatrices et les franges nationalistes et protectionnistes. Ces nouvelles annonces, visant explicitement le Japon, l’Europe et en particulier l’Allemagne ravivent un peu plus les tensions économiques et l’instabilité politique à échelle mondiale, et pourraient avoir des conséquences sur le terrain géopolitique, voire être la source de conflits armés y compris entre grandes puissances. Pour l’heure, aucun des scénarios n’est à exclure, tant les oscillations et la crise qui secoue les Etats-Unis, première puissance mondiale tant sur le plan militaire qu’économique, rendent les différents pronostics illisibles.

Crédits photos : © AFP/Archives / ALAIN JOCARD




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