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Société

Métaphore papale

« Tueur à gages » : le Pape François, doux pour les pédophiles, dur avec l’IVG

Pouvoir disposer de son corps, quand on est un enfant ou une femme, n’est décidemment pas le « dada » du Pape François.Déjà en juin dernier il avait comparé l'avortement aux méthodes eugénistes des nazies. Aujourd'hui le voilà qu'il remet le couvert, comparant l'IVG avec le recours à un « tueur à gages ».

Le Pape François n’y est pas allée de main morte dans son homélie. Reprenant les poncifs les plus éculés de la morale patriarcale qui irrigue l’institution ecclésiastique, il a déclaré, dans un florilège de pot-pourri réactionnaire : « Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ? », avant de poursuivre en comparant l’avortement avec le fait de recourir au service d’un « tueur un gage ».

Si le procédé est grossier, il n’en reste pas moins que c’est l’expression non seulement du caractère éminemment réactionnaire de l’Eglise, mais surtout de la façon dont le pouvoir patriarcal et ses institutions s’y prennent pour maintenir leur pouvoir. En moralisant une question politique, et en jouant sur un registre réactionnaire qui voudrait assimiler les femmes à une couveuse, l’Eglise maintient se fait un énième relais des pressions qui pèsent sur les femmes dans leur droit à disposer de leurs corps.

Le droit à l’IVG a été arraché par les mobilisations des femmes, et tend aujourd’hui de plus en plus à être nié, empêché, et relégué au rang d’un simple « luxe » ou d’une « commodité » pour résoudre un « problème » comme le dit le Pape. Tout au contraire, ce sont les obstacles mis à l’avortement qui tuent chaque année. Selon un rapport paru en 2017 de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l’Institut Guttmacher, plus de 25 millions d’avortements clandestins sont pratiqués à travers le monde entre 2010 et 2014, et 45 000 femmes décèdent durant l’avortement ou des suites de complications. Aussi, en réalité, même prohibé, l’avortement est pratiqué, mais clandestinement. Et c’est dans ces conditions qu’il devient un « luxe », du moins dans des bonnes conditions, que ne peuvent se payer que celles qui en ont les moyens.

Qui plus est, ce droit est de plus en plus menacé. Aux difficultés d’ordre moral s’ajoutent aussi de réels obstacles matériels, qui rendent l’accès à ce droit en réalité peu égal. Le cout d’un IVG peut en effet s’élever jusqu’à 300€ s’il s’agit d’une IVG médicamenteuse, et à plus de 500€ pour une IVG chirurgicale. Si elles sont intégralement remboursées par l’Assurance maladie, toutes les femmes qui n’y ont pas accès, dont en premier lieu les migrantes, qui doivent payer de leur poche. Enfin, le délai est souvent court : 12 semaines en France contre 24 semaines en Angleterre ou aux Pays-Bas.

A cela s’ajoutent les politiques menées par les gouvernements successifs dans le domaine de la santé (baisse des budgets, fermeture de lits, réduction du personnel, etc.) qui compromettent sérieusement l’accès à l’avortement.

Une énième sortie du Pape qui démontre combien les droits, jamais acquis, ne sont conquis et maintenus que par la lutte.




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