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Politique

Jupiter...

Un « désalignement des planètes » pour Macron ?

L'exceptionnel concours de circonstances favorables, certaines conjoncturelles, d'autres plus structurelles, qui ont mené Macron au sommet de l’État et ont assis son pouvoir au cours de la première partie de son quinquennat pourraient bien connaître un brutal retournement.

Source photo : Jacques Witt/SIPA

Certains médias bourgeois n’hésitant pas à parler d’un « désalignement des planètes » pour Macron, expression qui atteste le fait que les contradictions nationales n’ont nullement été surmontées par le macronisme, mais continuent de s’accumuler, et que la situation internationale du début du quinquennat pourrait bien se retourner.

Le macronisme : une accumulation de contradictions et un concours de circonstances

Macron est l’expression d’un ensemble de circonstances hautement improbables qui ont rendu possible son élection et assis son pouvoir au cours des premiers mois du quinquennat. De manière structurelle, l’effondrement du bipartisme français, expression de la crise organique, a ouvert la possibilité qu’un bloc social minoritaire puisse remporter les élections.

Au niveau conjoncturel, la reprise économique au moment des élections et de la première partie du quinquennat était aussi le produit d’une conjoncture économique mondiale favorable : faibles taux d’intérêt, accord sur le nucléaire avec l’Iran qui jugulait un tant soit peu le prix mondial du pétrole, mais aussi une relative embellie économique – quoi que de courte durée – et l’absence de tensions géo-économiques explicites, malgré une situation hautement volatile.

Enfin, au niveau européen, son emphatique discours sur l’Europe à la Sorbonne, et l’ambition de proposer une Défense Européenne semblait capable de passer outre les réticences historiques de l’Allemagne.

Retour à la réalité

Mais voilà, Jupiter a rapidement été rappelé à son impuissance géopolitique. Au niveau international, la situation favorable du début du quinquennat exprime toute sa convulsion et menace désormais de se retourner. La hausse du prix du pétrole, répercussion notamment de la décision des États-Unis de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien, pourrait mettre à mal les perspectives de croissance en France. Comme le précise le journal Les Echos : « Les entreprises subissent l’envolée des prix pétroliers. Si les cours du baril se maintiennent au niveau actuel, il en résultera une ponction de 1,7% sur leurs marges ».

En outre, la fin des politiques monétaires accommodantes se confirme non seulement du côté de la FED mais aussi de la BCE, signe que le laxisme monétaire pourrait bien toucher à sa fin plus tôt que prévu, et là encore mettre à mal les perspectives de croissance, notamment en freinant la consommation et menaçant l’activité des entreprises les plus endettées. Dans le cadre d’une croissance mondiale globalement atone et dépendante de l’endettement, la perspective d’une fermeture du robinet des liquidités apparaît hautement menaçante.

De manière générale, au niveau mondial, la posture de Macron, qui a voulu surjouer la « romance » avec Trump, au point de se présenter, de façon outrageusement ridicule, comme « l’homme qui murmurait à l’oreille de Trump » est allé de déconfitures en déconfitures : d’abord Trump s’est retiré de l’accord sur l’Iran, infligeant un premier camouflet à « Jupiter », puis il a décidé de mener de façon unilatérale une guerre commerciale contre la Chine et imposé des droits de douane à l’Union Européenne sur l’acier et aluminium, seconde gifle pour Macron. Autant d’éléments qui sont venus faire voler en éclats la posture de rayonnement de Macron, révélant en réalité son impuissance géopolitique, et à travers lui l’impuissance géopolitique de la France. Or ces revers viennent écorner l’image de Macron à l’intérieur, certains analystes se questionnant même sur les résultats, au demeurant nuls, de la « méthode Macron ».

Au niveau européen aussi les choses se compliquent ces derniers temps. Macron apparaît plus seul que jamais, voire même comme le dernier représentant de son espèce : un néolibéralisme en fin de règne, tardif et non-hégémonique. Car l’Allemagne a bien fait savoir qu’elle n’irait en rien dans le sens des mesures prônées par Macron, Merkel restant inflexible dans son refus d’un budget fédéral et de pousser plus avant l’intégration européenne. Pire, l’Italie, ancien bastion néolibéral aux mains de Renzi, est désormais passée dans les mains de la droite nationaliste et l’extrême-droite. De manière générale, les tendances nationalistes et réactionnaires d’extrême-droite semblent gagner du terrain en Europe. Macron est donc plus seul que jamais.

Au-delà d’un « désaligement des planètes », Macron aborde les chantiers à haut-risque de 2019, notamment la réforme des retraites, dans une situation internationale hautement volatile, et potentiellement défavorable. Cela pourrait mener dans l’avenir à une polarisation politique d’autant plus violente et conférer un caractère épileptique aux prochains conflits. Même la chance de Bonaparte a touché à sa fin. Celle de Macron pourrait survenir plus vite que prévu.




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