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Notre classe

Violences d'Etat

Une centaine d’exilés en grève de la faim dans trois centres de rétention

Depuis plus de dix jours, une centaine d'exilés emprisonnés dans des centres de rétention en région parisienne, pour la seule raison qu’ils n’ont pas de papiers, ont engagé une grève de la faim pour s’élever contre les conditions inhumaines dans lesquelles ils sont détenus.

C’est au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Vincennes que la grève de la faim a commencé ce 3 janvier. Depuis, des détenus de deux autres centres, celui du Mesnil Amelot (près de l’aéroport Charles de Gaulles) et de de Oissel (Rouen) se sont aussi mis en grève. C’est aujourd’hui une centaine de personnes qui sont en grève en France pour dénoncer les violences institutionnalisées qu’ils subissent chaque jour. Emprisonnés pour la simple raison qu’ils n’ont pas de papiers en règle, ils dénoncent dans leur communiqué (reproduit ci-dessous) les violences, l’absence de soin, les humiliations quotidiennes de la part de la police, les pratiques illégales qu’ils subissent, et même les tentatives de suicide de certains détenus.

Après avoir joué une fois déjà la carte du rempart au fascisme, Macron tente encore une fois à quelques mois des Européennes de se présenter comme l’incarnation du progressisme et de l’humanisme (sic) face à Marine Le Pen. Comme en témoignent aujourd’hui les exilés détenus en centre de rétention, sa politique migratoire n’a pourtant rien à envier à l’extrême-droite. En ce début d’année 2019 une quinzaine d’associations ont ainsi dénoncé la dégradation des conditions de vie des exiléspartout en France depuis l’arrivée au pouvoir de Macron.

La Loi Asile et Immigration a ainsi encore aggravé les conditions de traitement des sans-papiers et étrangers en augmentant notamment le délai de rétention dans ces centres, dont la durée maximale est passée de 45 à 90 jours. Trois mois d’emprisonnement à « être traités comme des animaux » dans ces centres où bien souvent l’attente est celle d’une expulsion vers un pays que l’on ne connaît plus.

Alors, dans les centres de rétention, où 50 000 étrangers en France sont enfermés chaque année pour le seul fait de ne pas avoir de papiers, les détenus s’organisent contre des conditions autant inhumaines qu’illégales.

Nous relayons ci-dessous le dernier communiqué en date, celui du CRA de Oisel daté du 11 janvier et paru sur le site À bas les CRA qui dénonce les conditions de rétention, la maltraitance policière et demande leur libération.

Aujourd’hui 11 janvier, nous rejoignons nous aussi la lutte dans les centres de rétention contre les conditions d’enfermement et les violences policières quotidiennes. Nous sommes déjà presque 40 en grève de la faim.

Sur les conditions d’enfermement ici y a beaucoup à dire. Déjà la bouffe n’est pas bonne, rien n’est propre. Quand on mange, les policiers ils nous regardent et utilisent leurs smartphones. On a l’impression qu’ils nous snap, ce qui est sûr c’est qu’ils se moquent de nous.

Hier à un vieux gars d’ici qui mangeait lentement, les policiers lui ont mis la pression pour qu’il finisse plus vite : « Hé India ! Hé India ! Dégage ! Il te reste plus qu’une minute ! »

Ici on nous respecte pas.
Pour boire de l’eau c’est aux toilettes. Si tu tombes malade, c’est qui qui te soigne ? Pas la police en tout cas !
On nous traite comme des animaux, et pendant les visites la porte continue d’être ouverte et les policiers continuent de nous écouter. Ils continuent de nous empêcher tout contact avec nos proches, même de faire la bise à ta femme.

Ici il y a eu des histoires de viols pendant la fouille.

On a décidé de pas tout casser. Parce qu’on veut pas se faire accuser « d’ancien taulard vener », pourtant y a de quoi ici. Ici tu peux même pas cantiner et la bouffe est vraiment dégueulasse.

Ici il y a plein de profils différents : travailleurs, ceux avec un titre de séjour d’un autre pays [européen] mais que l’État veut quand même déporter au pays. Puis y a plein de nationalité enfermées !
Chez les femmes aussi, là-bas c’est la galère.
Même quand t’as ton passeport et que tu veux rentrer… Bah il se passe rien et on te laisse a galérer. Nous ici on comprend rien.

Hier on a parlé avec Mesnil Amelot. La bas aussi c’est le système du bon et mauvais flic. Nous aussi on va lutter avec eux !

Ici, a Oissel, on nous a déjà gazé dans le bâtiment. Hier ils ont voulu prendre des contacts dans des smartphones en fouille… pour voir de quel pays on pouvait venir. C’est totalement illégal !

Ici il y a beaucoup de gens, ils se coupent les veines, on doit appeler nous-mêmes l’ambulance. Et quand elle arrive, la police, la seule chose qu’elle veut savoir c’est qui a appelé. Et les flics nous engueulent.

Y a un gars ici, il a des problèmes aux reins et il pisse du sang. Elle a fait quoi la police ? Elle lui a donné un doliprane. De toute façon a l’infirmerie c’est soit doliprane soit drogue.

Pour la justice… Même quand y a des vices de procédure on nous libère pas. On nous donne des numéros pour connaître nos droits. Personne n’a jamais répondu.

Après le premier communiqué, on avait vu le chef du centre. On avait décidé d’être gentils mais ça sert à rien.

Ce qu’on vit c’est le néo-colonialisme. La France a colonisé nos pays avant et maintenant ça…

Nous on a toutes nos attaches ici : parents, copines, poto, famille.
On nous dit que si on nous libère on va s’enfuir. Mais on va s’enfuir où ? Y en a ici ils sont venus pour demander la protection a l’État français… Et là c’est la protection qui t’enferme !
Y en a marre de tout ça !

Nous les enfermés on voit plus nos proches, les allers retours CRA-Prison-CRA empirent encore tout ça.
On va pas passer notre vie a être enfermés !

On appelle les autres centres de rétention a rentrer en grève de la faim avec nous et ceux de Vincennes et Mesnil en banlieue parisienne !

Les retenus du CRA de Oissel le 11/01/2019

Crédit photo : © AFP Bertrand Guay




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