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Victoire des pro-indépendance aux élections en Catalogne

Cynthia Lub, correspondance Barcelone Les forces pro-indépendance sont les grandes gagnantes des élections régionales de dimanche en Catalogne. Le scrutin, auquel a participé 77,5% des inscrits, soit dix points de plus qu’en 2012, a été marqué par une forte polarisation autour de la question de l’indépendance.

Le panorama politique est profondément changé par rapport à celui sorti des urnes en 2012. Le scrutin a avant tout été marqué par la question nationale catalane ou ce que l’on appelle à Barcelone le « processus souverainiste », les résultats témoignant d’une énorme polarisation entre les pro et les anti-indépendance, donnant par là même un caractère de référendum au scrutin.
Junts pel sí (JxSÍ, Ensemble pour le oui), rassemblait Convergència Democràtica de Catalunya du président de la Généralité Artur Mas, centre-droit indépendantiste, ainsi que la gauche bourgeoise pro-indépendance, Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, Gauche Républicaine Catalane). Le cartel a remporté près de 40% des voix et aura 62 sièges au parlement régional. Dans son allocution après la publication des résultats, Mas a annoncé qu’il s’agissait d’une double victoire, « pour le ‘oui’ et pour la démocratie ». De son côté, Oriol Junqueras, numéro 5 sur les listes JxSÍ et leader de ERC a déclaré que la coalition avait gagné « à la fois en pourcentages et en nombre de siège » et que le scrutin « donnait un mandat démocratique pour l’indépendance ». La situation est légèrement plus complexe dans la mesure où Mas et ses partisans s’apprêtent, surtout, à renégocier les liens entre la Catalogne et Madrid et ne souhaitent pas rompre intégralement.
Côté gauche radicale indépendantiste, CUP (Candidature d’Unité Populaire) a été l’une des forces qui a le plus avancé en termes de soutien électoral. CUP avait obtenu 3,5% en 2012 et avait trois sièges. Le 27 septembre, c’est 8,2% des suffrages exprimés qui se sont tournés vers CUP qui obtient sept députés de plus. JxSÍ a besoin de l’appui des dix parlementaires de CUP pour disposer de la majorité à l’assemblée régionale. Antonio Baños, de la direction de CUP, a d’ailleurs de ses vœux appelé à un gouvernement de concertation » entre JxSÍ et la Candidature.
A droite, Ciutadans (C’s, Citoyens), très hostile à tout changement de statut de la région autonome, est passé de neuf à vingt-cinq sièges et devient, avec ses 18%, la troisième force politique de la région. Inés Arrimadas a demandé la démission de Mas et de nouvelles élections. Le Parti Populaire (droite gouvernementale) de Catalogne a réalisé un score piteux. « Nous nous attendions à mieux, nous sommes loin d’être satisfaits », a déclaré dans la soirée, dimanche, Xavier García Albiol, leader des populaires. En 2012, le PP avait fait quasiment 13% des voix. Dimanche, le résultat était de 8,5% et le PP n’aura que onze députés.
Les socialistes, également très hostiles à l’indépendance, n’ont fait guère mieux. Le Parti Socialiste de Catalogne (PSC) reste la troisième force du « Parlament » mais n’a obtenu que 13% des voix, soit seize députés, quatre de moins qu’en 2012. Miquel Iceta, leader et candidat des socialistes a beau avoir qualifié le score de « succès » car « les sondages [leur] donnait seulement huit ou neuf députés », le score est peu élevé.
L’autre force qui n’a pas fait le plein de voix est Cataluña Sí Que Es Pot (CSQEP), une nouvelle coalition électorale de gauche qui s’est créée à l’image de Barcelona en Comú qui a porté à la tête de la mairie de Barcelone Ada Colau en juin. CSQEP n’a pas de position commune sur la question de l’indépendance mais les forces qui l’animent, les écolos (Iniciativa per Catalunya Verds), Esquerra Unida i Alternativa (EUiA) et Podem (Podemos-Catalogne), notamment, sont neanmoins favorables à la tenue d’un référendum. En 2012, la coalition EUiA et les écolos avait obtenu ainsi treize sièges au « Parlament », soit deux de plus que le nouveau cartel élargi à Podemos aujourd’hui.
Lluís Rabell a reconnu cette contreperformance, insistant sur le fait que c’était « la feuille de route » d’Artur Mas, qui veut maintenant aller négocier avec Madrid, et non « les revendications sociales » qui a gagné. Depuis Madrid, Pablo Iglesias a qualifié les résultats d’extrêmement décevants et expliquant que ce faible score est dû au fait que Podemos avait « fait le choix de la responsabilité et du sens de l’Etat ».
Le panorama actuel n’en est donc que des plus complexes après les élections de dimanche. La participation extrêmement importante témoigne de la prégnance de ce « droit à décider » qui parcourt toute la société catalane et que l’on a vu lors des quatre dernières « Diadas » du 11 septembre, ces manifestations massives pro-indépendance organisées lors de la Fête nationale catalane. Mais ce processus est aujourd’hui piloté par Artur Mas qui en tire profit pour « s’asseoir à la table des négociations » avec le gouvernement centraliste de Madrid, ce que lui-même reconnaît ouvertement.
De l’autre côté, le régime madrilène et le grand patronat espagnol s’oppose radicalement à ce processus, s’appuyant sur tout un arsenal de mesures et de menaces visant à opérer un chantage. Mais comme l’ont confirmé à nouveau les scores de ce week-end, il faudra beaucoup plus pour que les Catalans changent d’avis. La question catalane et les questions nationales restent, aujourd’hui, une blessure qui n’est pas prête de guérir pour le régime actuel de l’Etat espagnol.




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